Visite sous influence : neurosciences et art

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Que nous apprend la neurosciences sur la secrète mécanique du cerveau face à l’œuvre d’art ?  Le neurologue Pierre Lemarquis,  auteur de l’ouvrage Portrait du cerveau en artiste (Odile Jacob, 2012), s’interroge dans le Journal des Arts du 7/01/2014 sur l’influence des nouvelles technologies sur notre expérience artistique et culturelle. Cette analyse est aussi l’occasion de chercher à mieux se connaître, et à comprendre l’émotion esthétique.

Une histoire en deux, voire trois temps.

Devant une œuvre d’art, la première action neurologique est celle d’un stress assez primitif , d’une défense face au nouveau et à l’étrange : « Face à l’œuvre d’art, notre système de décryptage des informations visuelles, situé à l’arrière de notre cerveau, se met en route. …, notre cerveau se comporte face à une œuvre comme s’il était face à un être vivant. »

Cette brève étape comporte aussi une propension défensive : « Les expériences ont démontré que si l’on doit appuyer sur un bouton pour juger une œuvre d’art, on met deux secondes pour la rejeter, en particulier si on la trouve trop étrangère à nos habitudes et par là inquiétante, et quatre secondes pour dire si elle nous intéresse .

Puis une autre zone du cerveau, diamétralement opposée, provoque une réaction plus civilisée, nourrie de savoir et de re-connaissance. « Ce mouvement de va-et-vient, entre l’œuvre d’art dans laquelle on se projette et notre cerveau, fait que notre vision s’élargit peu à peu. L’œuvre nous apprivoise et modifie nos circuits neuronaux, devient plus familière »…

Ainsi, si l’instinct et l’émotion priment, notre cerveau «culturel» et rationnel en prolonge l’expérience et le plaisir. C’est ici un peu la magie de l’art : élargir la perception de soi par le plaisir esthétique. « La plupart du temps on trouve beau ce que l’on aime et vice-versa. Mais on peut aussi aimer quelque chose que l’on ne trouve pas beau ou l’inverse ».

Et l’audio guide alors ?

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Audioguide 3DS Le Louvre via Maxime, leblogduweb.fr

 

« Nous sommes, dans la grande majorité, des amateurs voire des ignorants ou craignons de l’être » Tant mieux, si c’est ce qui nous rassemble. Et nous disposons pour nous accompagner d’outils numériques d’aide à la visite de plus en plus remarquables. Mais leur présence fait aussi écran avec l’œuvre, au risque d’effacer l’émotion personnelle, la perception de l’imperfection, de l’intention de l’artiste. “Lorsqu’une œuvre d’art est numérisée, elle est traduite en chiffres qui sont eux-mêmes retraduits en image. Ce codage fait que l’image n’est plus dans la réalité, comme la musique enregistrée sur un CD qui n’appartient plus à la vraie vie. Notre cerveau ne fonctionne pas de cette manière. Il reçoit des informations, les met en mémoire, et lorsqu’il voit quelque chose de nouveau, il « consulte ses archives », de manière consciente ou pas, pour tenter d’imaginer par analogie ce qui peut arriver. Le contenu numérique passe par un codage, tandis que l’analogie se passe d’intermédiaire, c’est une pensée directe, intuitive. C’est pourquoi la plus belle des reproductions numériques restera un simulacre et ne remplacera jamais l’œuvre d’art qui, comme une personne, a une présence réelle.”

Veillons à ne pas nous laisser dominer par la performance de l’outil. Pensons à débrancher, à prendre le temps du subjectif, de l’expérience intime. Le dialogue avec de l’art appartient au vivant, avec ou sans écouteurs.

L.B.

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