Twelve #4 – Mécénat de compétences et enjeux RSE/RH : l’heure du pragmatisme !

Quelles sont les grandes leçons de cette session ?

15 novembre 2016 / 9h à 10h30 au Village by Crédit Agricole

Conférence disponible en podcast (ci-dessous) ou sur notre chaîne YouTube.

 

Le mécénat de compétences a le vent en poupe : en 2015, il représentait 420 millions d’euros, soit 12 % du budget global du mécénat d’entreprise (+ 8 points par rapport à 2013 d’après le baromètre Admical-CSA).

Les entreprises encouragent ainsi de plus en plus leurs salariés à mettre à profit une partie de leur temps de travail à des actions d’intérêt général. Cette tendance témoigne plus largement d’une évolution dans la manière dont les entreprises appréhendent leurs responsabilités sociétales et les salariés conçoivent leur engagement.

Toutefois, des freins subsistent aussi bien du côté des entreprises mécènes que des structures bénéficiaires pour permettre un véritable essor de la pratique. Les avantages de ce mécénat restent mal connus, les dispositifs existants sont perçus comme complexes à mettre en place et les petites entreprises sont encore très peu nombreuses à s’en emparer.

 


 

Comment surmonter ces obstacles ? Quels sont les facteurs clés de succès de ce mécénat ? Comment travailler efficacement la complémentarité entre mécénat de compétences et mécénat financier ?

 

 

 

Malgré une histoire vénérable qui remonte à l’antiquité, le mécénat constitue un véritable vecteur d’innovation, notamment lorsqu’il est participatif : le mécénat de compétences en est un exemple éclatant, encore peu connu et pourtant en plein développement.

Avant tout, qu’est-ce que le mécénat de compétences ?

Il s’agit de la mise à disposition par une entreprises de ses collaborateurs pour mener des actions d’intérêt général, dans le cadre desquelles les collaborateurs vont valoriser leurs compétences. Ces actions peuvent être évaluées et donner droit à des avantages fiscaux pur l’entreprise, qui ne peuvent excéder 60% du temps/homme (salaires TTC), glissant sur 5 ans.

 

Jean-Michel PASQUIER : Fondateur et CEO de KOEO, la plateforme de mécénat de compétences

« Un dispositif en émergence »

Pour Jean-Michel Pasquier, très clairement, « il s’agit d’un dispositif en émergence. » En effet, si le mécénat de compétences existe depuis longtemps, « il y a peu d’acteurs pour le mettre en promotion et en déploiement opérationnel ». Un manque qui constitue également une opportunité de croissance pour ceux qui se lancent dans l’aventure.

Depuis deux ans, l’activité s’intensifie et les entreprises sont plus demandeuses de ce type de dispositif. Selon le fondateur de Koeo, cette tendance s’explique par trois facteurs :

  • les entreprises ont besoin de « concrétiser leur RSE »
  • les associations ont besoin de trouver de nouvelles ressources pour porter leurs projets
  • les collaborateurs et salariés sont en quête de sens, qui n’est pas seulement l’apanage des jeunes générations : le mécénat de compétences permet à toutes les générations « d’inscrire un temps de respiration et d’ouverture » dans leur parcours professionnel.

 

Les bons arguments pour adresser une entreprise et proposer du mécénat de compétences

Le mécénat de compétence est certes un dispositif solidaire, mais pour le fondateur de Koeo, « cela ne suffit pas aux entreprises : il faut parler leur langage » : il y a plusieurs bénéfices et vertus à souligner, notamment d’un point de vue RH.

  1. Cela permet d’attirer de nouveaux talents vers l’entreprise : l’attractivité de la marque s’en trouve souvent augmentée, car les jeunes générations tout particulièrement sont sensibles « l’engagement citoyen des organisation ». Proposer à un jeune diplômé la possibilité de dédier un certain nombre de ses jours de travail au monde association pourrait donc faire la différence !
  2. A l’autre bout de la chaîne, l’argument est toujours valide : les seniors peuvent être particulièrement concernés par le mécénat de compétences : sur une fin de carrière, un sénior peut effectuer 6 mois en entreprise, et au sortir de l’entreprise, continuer à travailler dans une association bénévolement, fluidifiant la transition fin de carrière / début de retraite.
  3. Certaines entreprises seront également sensibles à la problématique de la mobilité ponctuelle : le mécénat de compétences permet d’occuper les périodes d’inter-contrats, grâce à des missions courtes et diversifiées. Entre deux missions, le mécénat de compétences offre la possibilité d’impliquer différemment un collaborateur.

La fiscalité n’est donc pas le seul ni le premier argument à mettre en avant, bien au contraire !

 

Un mécénat en pleine évolution

Jean-Michel Pasquier le souligne sans ambiguïté : « Il ne faut pas avoir peur de chercher des petits acteurs » : petit à petit, les entreprises de taille plus modeste, comme des TPE/PME commencent à s’intéresser au mécénat de compétences. Généralement, les délais sont alors beaucoup plus courts, contre 6 à 8 mois pour les grandes entreprises. Un argument qui peut orienter l’approche d’une association qui aurait un besoin plus ou moins urgent.

Le mécénat de compétences s’adapte donc, il évolue et demande parfois aussi une réflexion plus poussée sur la nature de la collaboration : toutes les compétences ne sont pas transposables au monde associatif, il faut alors imaginer « des formats plus adaptés aux compétences personnelles » des employés, pour du soutien scolaire, de la rénovation de lieux…etc. Une manière intelligente de valoriser les compétences générales des collaborateurs : « Le mécénat de compétences a l’avantage de rendre le mécène acteur et proactif ».

 

« Aller plus loin en mécénat »

Dernier point, mais pas des moindres : selon Jean-Michel, « le mécénat de compétences permet aux entreprises d’aller plus loin que le mécénat financier ». En effet, la collaboration permet une meilleure connaissance de la structure soutenue, de créer du lien, et il sera donc plus facile de la solliciter par la suite en cas de besoin d’un soutien financier.

 

Juliette Novelli : Chargée des partenariats privés et du mécénat d’ANDES – Epiceries Solidaires

Juliette nous a confirmé que le mécénat de compétences n’est pas encore un réflexe de la part des entreprises : « on n’a pas forcément l’idée de comment on pourrait faire appel au mécénat de compétences. » D’où l’importance d’être proactif en la matière !

 

Comprendre les exigences du dispositif

Pour que l’entreprise soit sensible au discours d’une association, plusieurs facteurs doivent être réunis de son côté :

  1. Elle doit avoir le temps disponible et un besoin identifié : même si l’idée la séduit, il ne lui est pas toujours possible de consacrer du temps à l’élaboration d’un projet de mécénat de compétence, ou un besoin à l’instant T où elle est sollicitée. Une association souple sur ces points aura donc plus de chance de tisser un lien dans la durée.
  2. Le dispositif ne doit pas être imposé aux collaborateurs, qui doivent pouvoir inscrire le temps qu’ils consacrent à l’association dans le cadre de leur temps de travail habituel. Le mécénat de compétences n’est pas une orientation du temps libre des collaborateurs !
  3. Il faut également assurer une vraie « pédagogie » pour s’assurer que le mécénat de compétences est accepté par les collaborateurs, y compris ceux qui ne souhaitent pas y participer : la charge de travail doit rester égale pour tous, et cela sollicite des aménagements spécifiques. « Les autres membres de l’équipe peuvent être impactés, tout le monde doit être informé », rappelait Juliette.

 

Différentes typologies de projets et de collaborations

La Chargée de partenariats et mécénat d’ANDES a partagé quelques exemples de formats de mécénat de compétences : cela peut être des ateliers collaboratifs et créatifs, organisés par les magasins Cultura dans les épiceries solidaires voisines, ou un cabinet de consultants intéressé par la démarche du réseau ANDES qui lui propose de réaliser une étude ad hoc afin d’analyser les besoins. Les domaines du possible sont donc assez vastes !

 

« Il n’y a pas de règle générale », rappelait Juliette Novelli : la caractéristique principale du mécénat de compétences est donc bien son adaptabilité.  Certains projets sont amenés se prolonger sur plusieurs années, d’autres peuvent être « à la demande, sur des besoins ponctuels, comme des services juridiques ».

« Il faut avoir une personne en interne côté entreprise, qui pilote les relations, et une personne en association » : il faut rester vigilant sur la qualité du lien créé, et pour ce faire, un « référent » de part et d’autre du mécénat est nécessaire.

En conclusion, les voies d’accès au mécénat de compétences sont nombreuses, et peuvent ou démarrer ou aboutir sur la mise en place d’un véritable « teambuilding solidaire », comme l’évoquait Jean-Michel Pasquier :

 

 

Alors, quand passerez-vous à l’action ?

 

Lire la synthèse de la conférence précédente :
Twelve #3 – Communication digitale et marketing de contenu : quels alliés pour le mécénat ?

Retrouvez tous les articles de blog liés à  TWELVE.

Commeon

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