Réforme territoriale, une opportunité pour le secteur culturel ?

Les 21 et 22 septembre 2017 aura lieu à Montreuil la 3e édition des Journées du Management Culturel (JMC), un événement incontournable pour le secteur culturel et dont Commeon est fier d’être partenaire ! À cette occasion, Matthieu Sainton, manager chez Eurogroup Consulting et membre de l’équipe d’organisation des JMC, revient sur l’impact de la réforme territoriale sur le secteur culturel.

 

Trois lois successives ont marqué le troisième mouvement de décentralisation en 2015 : la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale et Régionale de l’Etat), la loi MAPTAM et la loi du 16 janvier 2015. Cette dernière a largement redéfini la géographie française en portant le nombre de régions en France à 13 contre 22 précédemment.

Ce nouveau découpage territorial se traduit par deux mouvements complémentaires dans l’écosystème culturel :

  • La fusion de certaines DRAC pour en devenir une direction déconcentrée unique dans les nouvelles régions. Ainsi les DRAC Nouvelle-Aquitaine, Normandie, Hauts de France, Auvergne-Rhône-Alpes, Grand-Est, Occitanie et Bourgogne Franche Comté sont créées ;
  • De nouvelles Régions[1], collectivités territoriales, sont créées et les élections régionales suivantes donnent lieu le plus régulièrement à un renouvellement de leurs projets politiques.

Peu de recul encore a été pris par rapport aux impacts de ces modifications pour le secteur culturel. Essayons d’en éclairer quelques aspects.

Très immédiatement, ce qui marque dans ces différents territoires lors des échanges avec divers acteurs locaux, c’est le sentiment de désorganisation qui perdure. Que ce soit du côté des DRACS ou des Régions, les orientations politiques et les circuits de décision apparaissent peu clairs. Cela se traduit de plusieurs façons :

  • Si au sein des DRACs, les organigrammes sont clairs et établis, ce n’est pas forcément le cas au sein de nombreuses Régions dans lesquelles les organigrammes sont encore en définition. Même dans le cas d’une entité stabilisée, les modes de fonctionnement sont encore en train de se mettre en place et de se préciser.
  • Certaines nouvelles régions, comme par exemple Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts de France ou Nouvelle-Aquitaine, sont marquées par un déséquilibre territorial d’origine. Cette réorganisation est perçue comme entraînant la mise en place d’un système au sein duquel certaines puissantes anciennes régions seront amenées à en dominer d’autres, au poids plus relatif.
  • Enfin, dans les ensembles où les anciennes Régions étaient assez équilibrées (comme en Normandie par exemple), le maintien d’une double dynamique se traduit par une volonté de maintenir l’existant tout en préparant une nouvelle répartition.

Pour les acteurs locaux, et particulièrement les associations (compagnies de danse, de théâtre,…),  la réforme territoriale constitue une véritable difficulté pour rencontrer les bons interlocuteurs et proposer des projets dans le cadre de la définition de ces nouvelles politiques régionales. Nous constatons donc souvent des stratégies d’attente de la part des DRACs et des nouvelles Régions, qui vont de pair avec un raccourcissement des durées de conventionnements et de soutien.

 

Les enjeux pour les nouvelles collectivités

Une réalité géographique s’impose : les nouvelles Régions s’étendent sur un territoire important. La Région Nouvelle Aquitaine est d’une superficie plus importante que l’Autriche, la Région Auvergne-Rhône Alpes accueille une population plus nombreuse que le Danemark.

Ces espaces se traduisent donc par une multitude d’identités régionales : comme le Tyrol n’est pas comparable à la Région de Vienne, les identités régionales du Puy de Dôme ne sont vraisemblablement pas les mêmes que celles de la Bresse. La recherche d’un nom régional pour certaines Régions en a été l’illustration la plus marquante : les Régions Hauts-de-France, Grand-Est et Occitanie ont ainsi mené des consultations régionales pour trouver un nouveau nom.

Au-delà de l’anecdote sémantique, la question de l’identité est réelle pour certaines Régions qui mènent des réflexions majeures pour renforcer leur visibilité dans leur territoire.

Certaines Régions s’interrogent sur la création d’un événement culturel majeur, alors que la plus grande majorité de ces temps forts culturels est souvent associée à certaines villes : Angoulême pour son Festival autour de la BD, Nantes pour les Folles-Journées, Cannes pour son Festival… Comment marquer une Région d’une empreinte culturelle à travers un événement ? Les directions culturelles régionales sont en pleine réflexion. Cela va-t-il se traduire par un renfort de la participation, voire la prise de contrôle par certaines Régions ?

Le besoin de visibilité de ces nouvelles collectivités territoriales se marque aussi pour de nombreuses Régions par une volonté de renforcer la visibilité de leur soutien aux institutions et associations culturelles, quelle que soit leur taille. De nombreuses Régions sont en train de revoir leurs conventions, afin de renforcer la visibilité de leur soutien, via l’insertion de logo, de mentions…etc.

Alors que les Régions sont collectivement un petit financeur de la culture en France (773 millions d’€, soit environ 2 fois moins que l’ensemble des départements et 7 fois moins que l’ensemble des communes françaises), la création de ces « supers » collectivités territoriales semble pouvoir leur donner un poids majeur dans les négociations avec les opérateurs culturels territoriaux et une volonté de visibilité forte.

Malgré ces tensions fortes, la réforme territoriale pourrait-elle devenir une opportunité pour le secteur culturel ?

Les financements privés, un levier pour les Régions ?

La question du mécénat, appréhendée dans le cadre de la réforme territoriale, mérite également d’être posée. Ces dernières années, de nombreuses collectivités ont choisi d’engager une politique de mécénat tournée vers les entreprises et reposant sur les dispositions offertes en la matière.

À l’heure d’une baisse généralisée des dotations de l’État aux collectivités locales, le mécénat est une opportunité indéniable pour renforcer les liens sur le territoire entre l’ensemble des acteurs (institutionnels, économiques) qui contribuent à sa dynamique et son rayonnement. Certaines collectivités, le plus souvent à l’échelon communal ou métropolitain, ont engagé des démarches de financement participatif, afin d’ouvrir le financement de leurs projets ou de ceux de leurs établissements au grand public.

Quel système pourrait être imaginé à l’échelle des Régions ? Une politique intégrée de nouveaux financements (mécénat, crowdfunding et autres formes de générosité) pourrait-elle être imaginée et structurée à l’échelle des Régions ?

Alors que les politiques de création d’entreprises sont souvent menées à travers des opérateurs comme Initiative France et le Réseau Entreprendre qui permettent de nouer des liens forts entre Régions et acteurs privés, est-ce que de telles politiques pourraient être imaginées dans les Régions suite à la réforme territoriale, pour donner accès à l’ensemble des habitants à une offre culturelle de qualité et de proximité ?

Alors que certaines villes mettent en place des fonds de dotation (à l’instar de la Ville de Montreuil), que la Région Grand-Est met en place une politique de crowdfunding pour stimuler l’innovation territoriale, l’action et le poids des Régions pourraient être renforcés et tirer les bénéfices de telles initiatives . Il reste à espérer que le temps de stabilisation des organisations pourra permettre à de telles réflexions d’émerger rapidement dans les politiques culturelles régionales de demain.

 

Les Journées du Management Culturel rassembleront les professionnels du secteur les 21 et 22 septembre prochain à Montreuil. Nous y serons, vous aussi ? C’est par ici pour vous inscrire !

 

[1] Dans la suite de cette article, nous écrirons Région pour l’entité administrative en tant que collectivité territoriale et région pour le périmètre géographique.

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