Mécénat, mécénats ?

S’il y a une chose que l’on doit retenir du Mécènes Forum organisé par Admical le 3 octobre dernier au Collège de France, c’est que le monde du mécénat est en pleine évolution. Il n’existe pas aujourd’hui une seule définition figée du mot : le mécénat se conjugue au présent et s’accorde aux initiatives qui le font vivre. 

 

Entre plaisir et image

Si le plaisir de donner constitue le cœur de toute démarche philanthropique, Alain Prochiantz, l’administrateur du Collège de France a rappelé que parfois aussi, « le mécénat est une affaire d’image ». Il n’est donc pas surprenant que les entreprises s’intéressent à cette thématique et sont de plus en plus nombreuses à développer une véritable stratégie de mécénat par le biais de fondations ou de campagnes souvent bien médiatisées. Mais le mécénat n’est-il qu’une question d’image ?

Pierre Berger n’a pas tardé à répliquer que, pour le mécène, la culture est essentielle à la vie : être mécène, c’est s’engager pour une cause qui nous semble proche, naturelle et évidente. Soutenir l’art, la culture ou la recherche est avant tout une affaire de cœur : sans la sensibilité personnelle, point de mécène.

Si le mécénat est assurément un geste dont la visibilité peut être utilisée à des fins de communication, il reste indissociable de la notion de plaisir personnel : la valeur du mécénat ne se situe donc pas dans un retour sur investissement, comme pour le partenariat ou le sponsoring, mais bien dans l’acte même de s’engager et de soutenir une cause.

 

Pierre-berger-mecenat-mecenes-forum-admical

 

De la générosité à la responsabilité

Qui dit mécénat dit aussi générosité. La générosité est une valeur forte qui se diffuse facilement mais aussi durablement au sein d’une entreprise : c’est le message que nous a porté Mercedes Erra, la fondatrice de l’agence de communication BETC. Il n’est pas question de charité ici, mais de responsabilité : le mécénat est directement associé au respect. Respect d’une cause, mais aussi de ceux qui la font vivre, quels que soient leurs moyens. L’intention est très différente de celle d’une opération marketing : impliquer ses employés dans un programme de mécénat, c’est leur permettre de sortir du cadre habituel de l’entreprise pour déplacer leur implication vers des sujets humains et universels.

Le mécénat est donc certes un moyen de s’engager, mais c’est aussi un moyen d’engager et d’insuffler des valeurs positives au sein d’une dynamique collective.

 

Valeurs personnelles et effort collectif

Etre mécène, c’est aussi se positionner en tant que citoyen au sein de la société : en animant une cause, le mécène se confronte à ses valeurs personnelles et s’établit sur le même plan que ses pairs qui s’engagent à ses côtés, comme le rappelait Bernard Emsellem, responsable de la communication pour la fondation SNCF. Le mécénat donne un exemple de fonctionnement non hiérarchique où seul le plan éthique est concerné, réunissant tous les contributeurs sur un même niveau : c’est d’autant plus vrai dans une campagne de crowdfunding. Comme l’a souligné Saïd Hammouch de Mozaïk RH, « la philanthropie est une démarche de transition : elle met en lumière des problématiques de société ».

Plus encore, le mécénat participe aussi au développement personnel : Firoz Labak, Président des fondations Edmond de Rotschild, a souligné le rôle éducatif du mécénat, qui réveille chez les enfants l’esprit critique en les confrontant à des enjeux de taille et d’importance réelle.

 

Urgence et convictions

Les valeurs et les fins du mécénat sont multiples, mais ses raisons d’être aussi peuvent être variées. Alain Prochiantz a ainsi rappelé la différence sensible entre ce que l’on pourrait qualifier de « mécénat d’urgence », qui vient apporter un soutien ponctuel à une cause pressante, et le « mécénat de conviction », qui traduit des valeurs personnelles et fait vivre une cause dans la durée.

Ces deux formes sont bien sûr aussi essentielles l’une que l’autre et constituent en quelque sorte les deux faces d’une même pièce, celle que l’on dédie aux causes qui nous sont chères.

 

Mais plus encore…

Philippe Rosanvallon*, professeur d’Histoire Moderne et Contemporaine du Politique au Collège de France, a rappelé que le mécénat n’a pas qu’une fonction matérielle, mais revêt aussi des fonctions sociales articulées autour de trois axes :

  • La construction d’une citoyenneté concrète, de proximité, par opposition à un impôt anonyme et désincarné
  • L’accompagnement à l’innovation, moteur essentiel de toute évolution sociale et industrielle
  • L’enrichissement de la notion d’intérêt général en permettant d’en diversifier à la fois les sources et les directions, n’abandonnant plus à l’État seul la fonction de perpétuité sociale

Le Forum nous aura donc rappelé cette chose essentielle : le mécénat est un acte dynamique et actuel. Il relève de l’engagement de chacun : il y a en réalité autant de mécénats que de mécènes.

 

Et vous, quel mécène êtes-vous ?

Retrouver les enregistrements vidéo de la conférence sur la chaîne Admical !

 *Par ailleurs directeur de la revue en ligne La Vie des Idées

Pour retrouver les interventions enregistrées lors du Mécènes Forum d’Admical, cliquez ici.

Commeon

Nous sommes la 1ère plateforme de mécénat participatif ! Notre mission ? Démocratiser le mécénat pour faciliter aux structures à but non-lucratif l'accès au financement participatif. Notre mot d'ordre ? J'aime, je mécène !

Leave a comment

Please be polite. We appreciate that. Your email address will not be published and required fields are marked