Mécénat et santé : des synergies potentielles à développer

Le décret autorisant les établissements de santé publics à créer des fondations hospitalières a été promulgué le 23 août 2014, cinq ans après la loi Hôpital, Patient, Santé, Territoires (HPST) qui en prévoyait la création. Destiné à encourager les investissements privés dans la santé, il vise à favoriser la recherche et l’innovation dans un secteur, en permettant la diversification de ses ressources. Avec le développement de nouvelles opportunités de fundraising, il est intéressant d’interroger la place du mécénat dans le secteur de la santé et d’en évaluer les enjeux.

 

Un contexte favorable à de nouvelles passerelles entre public et privé

Les relations entre mécénat et santé sont à replacer dans un contexte historique très spécifique à la France, notamment pour ce qui concerne les établissements hospitaliers. Financés au Moyen-Âge par l’Église, puis par les rois et les laïcs, les hôpitaux deviennent véritablement l’apanage du pouvoir monarchique au XVIIIe siècle. Face aux difficultés croissantes de l’État à soutenir le secteur, la générosité constitue la source de financement principale des établissements de santé à compter de l’Empire.

Le développement du concept de patient-payeur à la fin du XIXe siècle et diverses avancées législatives de l’époque (création de l’Assistance Médicale Gratuite en 1893, loi sur les accidents de travail du 9 avril 1898, création de la sécurité sociale en 1945) mettent un terme à la prépondérance des dons dans le financement des hôpitaux (1). Le contrôle de l’Etat sur les structures hospitalières se voit renforcé, et limite la portée de la générosité privée pour l’ensemble du secteur.

Une certaine frange des acteurs de la santé va peu à peu poser les conditions favorables à une participation du monde privé à son écosystème à la fin du XXe siècle. L’Institut Pasteur, le Téléthon ou encore le Centre de lutte contre le cancer sont les premiers à se lancer dans la collecte de fonds et à l’intégrer au cœur de leur stratégie de développement.

En France, et encore plus à l’étranger, la santé apparaît aujourd’hui dans le peloton de tête des causes les plus soutenues par le mécénat des entreprises. En 2014, les entreprises françaises ont contribué à hauteur de 448 millions d’euros au secteur par le biais du mécénat (deuxième poste budgétaire après le social) (2). Plus d’un quart des entreprises mécènes ont par ailleurs soutenu des établissements publics ou privés dans ce domaine d’activité.

Enfin, l’ouverture timide mais effective des collectivités territoriales et des universités au mécénat encourage à une nouvelle forme de dialogue entre service public et acteurs privés dont toute une partie du secteur de la santé est encouragée à se saisir.

 

Mécénat et santé : l’organisation du secteur de la santé pour déployer le potentiel de la générosité privée

Comment faire fructifier le potentiel de ces pratiques pour l’ensemble du secteur ?

Comme le souligne Florence Mahé-Dombis, responsable mécénat de l’Hôpital Necker qui fut pionnier en matière de fundraising, « créer en interne une nouvelle culture du don et du mécénat » (3) est le point de départ de la démarche. Il s’agit en effet de “dédiaboliser” l’immixtion des entreprises et de mécènes particuliers dans la vie de l’établissement et de rendre lisibles les apports d’un tel engagement à ses côtés. Le panel de projets pouvant être financés par le mécénat est des plus larges : programmes de recherche, amélioration des espaces, acquisition d’équipements, ou encore ateliers artistiques. L’Hôpital Necker a par exemple choisi de flécher l’une de ses collectes pour la création d’une école numérique, afin d’assurer un suivi scolaire aux enfants hospitalisés. Du côté du CHU de Rennes, autre structure hospitalière précurseur dans le domaine du mécénat avec son fonds de dotation Nominoë,  un premier cercle de mécènes a financé une “biobanque” à hauteur de 1,4 million d’euros. Dans les deux cas, les budgets existants n’auraient pas permis de financer les améliorations apportées.

La collecte est un travail de longue haleine, à mûrir progressivement.  Ce travail de réflexion à mener commence par l’analyse et la mise en valeur de spécificités de l’établissement, et des objectifs nouveaux qu’il entend réaliser grâce à ces financements complémentaires (4). Un projet de fundraising se construit dans la durée, constat d’autant plus prégnant dans le domaine de la santé, qui par essence nécessite des investissements lourds, dont la rentabilité ne peut se dessiner que sur une échéance de moyen terme (5). Plusieurs questions préliminaires sont à se poser : pourquoi faire du mécénat ? À quoi serviront les dons récoltés (quel(s) projet(s), quels destinataires, quelle(s) finalité(s)) ? Quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour réussir sa levée de fonds ?

En terme d’organisation, la pratique du fundraising dans le secteur, relève le plus souvent du directeur de l’établissement ou du responsable de la communication. Néanmoins, une organisation dédiée pour développer la stratégie et assurer la mise en œuvre de la démarche permettra de définir et d’atteindre des objectifs plus ambitieux. À l’heure actuelle, la question des ressources humaines constitue un frein pour nombre d’acteurs qui invoquent un manque de temps et de moyens. L’apparition de nouveaux outils et acteurs mutualisés du fundraising comme Commeon permet de simplifier la gestion des opérations et d’apporter une réponse efficace à ce besoin de ressources.

 

(1) Mémoire “La levée de fonds dans les établissements publics de santé : application au Centre Hospitalier Universitaire de Nice”, Guillaume KOCH, EHESP, 2012

(2) Chiffres Admical 2014

(3) Dossier “L’hôpital ne se moque plus de la charité”, Fundraizine, Janvier 2015

(4) Les rencontres de la communication hospitalière, Avril 2011

(5) “Financer l’hôpital public grâce au mécénat ? Une question à se poser”, Le Plus de l’Obs, Mars 2012

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