Culture et numérique, une union parfaite ?

Par Coline Cuau pour Culture Time –  Il y a quelques semaines, la journaliste américaine Museum Geek posait la question dans son blog de savoir ce que c’était réellement de faire l’expérience d’un musée. (« When is a museum experience ? » Suse Cairn, http://museumgeek.wordpress.com/). Bonne, vaste, difficile question.

 

Il est certain que l’expérience que nous avons des musées s’est radicalement transformée. Le temps semble loin où un guide menait un groupe scolaire somnolant à travers le musée de la pêche de Concarneau. Aujourd’hui, la course à l’armement est lancée parmi les institutions culturelles. Les musées s’équipent tous, non seulement d’outils numériques qui nous forcent à repenser la médiation, mais également d’une présence en ligne qui modifie profondément le rapport qu’ils entretiennent avec leur public.

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Source : © Martin Parr via www.mep-fr.org 2014

 

Où s’arrête le musée ?

L’interaction permanente semble être le nouveau credo des musées. Grâce à des audioguides, tablettes, ou autres supports bien plus développés que ce que vous vouliez commander à Noël, les publics peuvent redécouvrir les expositions, accéder à du contenu additionnel, et surtout entretenir un rapport nouveau avec l’art. Le Musée Van Gogh d’Amsterdam propose à ses visiteurs un Ipad contenant les œuvres exposées pour dessiner par-dessus, changer les couleurs, et réinventer l’œuvre de Van Gogh. Le public est donc invité à s’impliquer pleinement dans l’exposition et à en devenir un acteur plutôt qu’un simple spectateur.

 

Les musées n’hésitent plus à jouer avec leurs codes pour attirer leurs publics. Via les réseaux sociaux. les campagnes #MuseumWeek, appelle à échanger sur Twitter à propos des musées pendant une semaine, ou encore le #SelfieDay, qui encourage les visiteurs à prendre des selfies devant les œuvres d’art. Le LACMA, grand musée de Los Angeles, s’est même récemment mis à Snapchat, brouillant ainsi les pistes entre culture « légitime » et dominante, et sous culture jeune.

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Source : LACMA                                                         Image : @acaudel

 

Certains musées retweetent les commentaires de leurs visiteurs entre une annonce de gala et la présentation d’une nouvelle exposition. Des murs vidéos interactifs affichent en temps réel photos et tweets des visiteurs de l’exposition, comme la RMN Grand Palais pour l’exposition Braque, et l’application qui « cubise » en ligne vos photos.

braque rmn numérique

Grâce au numérique, un musée ne se confine donc plus à ses propres murs. L’expérience culturelle commence bien avant et finit bien après son séjour dans le lieu physique.

 

Le tout numérique est-il trop numérique ?

Il est impossible de le nier : les followers sont là. Les campagnes des musées sont suivies et les posts retweetés plusieurs milliers de fois. Les tablettes proposées dans les musées plaisent et les applications mobiles sont téléchargées. Les vertus pédagogiques de ces programmes ne peuvent être niées, et les efforts faits par la culture pour se rapprocher du numérique ne peuvent qu’être loués.

 

Cependant, cette déferlante de technologie dans les musées pose certaines questions. Dépassés par les gadgets, oublierait-on de regarder les œuvres ? « A quel point est ce que l’expérience doit être directe pour avoir l’expérience d’un musée ? » s’interrogeait ainsi Museum Geek dans son blog.

 

Connecter avant de brancher

L’enjeu est bien de trouver l’équilibre entre l’humain et la technologie. Au delà de la médiation qu’il réinvente et renouvelle, le numérique est aussi un puissant vecteur de constitution de communautés.

Diane Drubay, figure de proue française de l’innovation dans la culture, semble elle-même ressentir ce trop-plein de technologie. Elle regrette que certaines initiatives innovantes soient devenues «trop orientées sur les outils» (selon un portrait écrit à son sujet publié sur La Tribune). Dans la surenchère numérique ayant pour but d’intéresser leurs visiteurs, un piège serait de finalement oublier ces derniers.

 

Quelles passerelles vont émerger pour réunir les communautés numériques et physiques autour des musées ? Peu de données sont encore disponibles pour estimer avec recul ces tendances. Un pari est que l’engagement de communautés, sur une cause ou un projet commun, permettra d’en mesurer objectivement la profondeur. Le prestigieux Smisthonian Institution de Washington vient par exemple de lancer un appel au grand public pour co-construire l’archivage numérique de ses immenses collections. Le public devient ainsi “partenaire dans la création de connaissances”.(https://transcription.si.edu/about)

Le numérique sait aussi parfois cultiver une part de rêve et d’émotions au plus près des œuvres. La Tate Gallery vous offre ainsi le rêve d’une Nuit au Musée avec une visite nocturne guidée par … un robot dont vous prenez le contrôle. Le mariage parfait ?

tateafterdark

http://afterdark.tate.org.uk/

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